Pétition contre la PES, Inria, automne 2009.

samedi 12 décembre 2009
par  auteur.inria

Cette pétition, à l’initiative du SNCS/FSU et du SNTRS/CGT, a reçu 340 signatures, dont 180 chercheurs sur poste, soit 35% des chercheurs CR et DR Inria.

SNCS/FSU SNTRS/CGT

La direction de l’Inria veut mettre en œuvre la "Prime d’Excellence Scientifique" (PES) décidée par le gouvernement, en récompensant 20% des chercheurs par une prime importante, versée pendant 4 ans. Nous sommes totalement opposés à cette mesure, nous la jugeons destructrice pour l’esprit des équipes.

Au lieu de renforcer la solidarité des générations et la cohésion des équipes, cette logique d’"intéressement" valorise l’effort individuel au détriment de l’effort d’équipe. Or c’est l’équipe qui est notre richesse, le lieu fertile de la création scientifique, le lieu des efforts communs, de la discussion, de la transmission et du développement des savoirs et des savoir-faire. C’est une profonde erreur de croire que ce sont quelques chercheurs d’exception qui font la production de l’INRIA : c’est le travail lent et souterrain, formateur, parcouru ensemble, qui se fait dans les équipes !

La PES méconnaît tout ce qui, dans l’activité de l’institut, est basé sur la gratuité ou sur le dévouement à une "certaine idée" du métier. En monétarisant les efforts d’une petite minorité choisie pour l’exemple, elle introduira une logique de compétition perverse et destructrice ; elle généralisera la logique carriériste et le calcul égoïste dans l’investissement individuel ; elle orientera encore plus notre activité vers la recherche de "signes extérieurs d’excellence", au détriment d’une activité créatrice réelle.

En acceptant d’ "honorer" par des primes au montant exagéré les chercheurs les plus "productifs", la direction indique clairement aux autres que leurs efforts sont insuffisants, elle les démobilise et les rabaisse,

Il y a une certaine légèreté dans cette politique-là : se glorifier de la difficulté de la sélection au moment des concours de recrutement de l’INRIA, pour considérer ensuite que 80% d’entre nous "peut mieux faire", c’est d’abord un gaspillage inconséquent ! La direction devrait au contraire, consciente de notre rareté, considérer chacun de ses chercheurs comme une denrée rare, à cultiver, et tout faire pour que cette qualité s’épanouisse et soit reconnue - entre autres par des promotions plus nombreuses. Croire que donner à une poignée d’entre nous jusqu’à un quart de leur salaire peut rendre plus attractives nos carrières, ou aura un effet globalement positif sur notre productivité, c’est tout à la fois une pratique humiliante et un calcul erroné.

Laissons aux jurys des diverses récompenses scientifiques le soin de désigner ceux d’entre nous qui sont exceptionnels. Spécialisés, ils sont de toutes façons plus à même de faire ce choix de manière pertinente que n’importe quel jury interne !...

Bien sûr, comme tout le monde, et tout particulièrement à cause de la longue dégradation des revenus depuis une vingtaine d’années, les chercheurs ont aussi besoin d’argent ! Mais ils ont aussi besoin de considération, de respect, et d’une structure qui favorise leurs efforts collectifs au lieu les opposer arbitrairement : l’excellence de l’institut réside dans notre excellence collective, dans la qualité de nos coopérations, pas dans celle de quelques-uns. Alors, mieux vaut refuser d’appliquer cette mesure, plutôt que de voir tout cela disparaître !


NON A LA COMPETITION QUI NOUS DIVISE !
OUI A LA SOLIDARITE !
L’EXCELLENCE SCIENTIFIQUE, C’EST D’ABORD NOTRE MERITE COLLECTIF !

C’est pourquoi les soussignés demandent que la direction de l’Inria porte leur opposition aux primes d’excellence scientifique auprès du ministère.


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