Valéry Pécresse pour les 70 ans du CNRS : le baiser qui tue

vendredi 23 octobre 2009
par  Administrateur

Le 19 octobre, Valérie Pécresse a consacré son discours quotidien aux 70 ans du CNRS (icône ci-dessous). Discours surréaliste, dans lequel l’apologie qui y est faite de l’organisme vise à faire oublier que sans la résistance acharnée des syndicats, des personnels, des instances, il ne resterait aujourd’hui du CNRS qu’un squelette décharné. Comme le dit Silvestre Huet (Libération) : "En réalité, il y a eu de nombreux affrontements. (...) S’il acte une réforme du CNRS dans le cadre du nouveau panorama de la recherche et de l’enseignement supérieur - universités autonomes, AERES, ANR, PRES, pôles de compétitivités, RTRA... - [le contrat d’objectifs] est assez loin des déclarations tonitruantes de Nicolas Sarkozy contre le CNRS en janvier dernier et des menaces de démembrement. Le texte remet en selle l’organisme. Un CNRS « sauvé », selon Gilles Boëtsch, le président de son Conseil scientifique, dont les critiques ont fini par être entendues de la ministre".

Certes, le ton a changé. Et on préfère entendre : "Finalement le CNRS, c’est une France qui investit dans la Science depuis 70 ans, d’une France qui a fait de la recherche fondamentale un choix politique, d’une France qui attire les talents du monde entier", que les déclarations de Nicolas Sarkozy, il y a peu :"Quand des générations entières de jeunes chercheurs partent à l’étranger, quand si peu de brillants esprits étrangers sont attirés par notre pays (...), il faut avoir le courage de reconnaître la maladie de notre système". Est-ce bien le même qui a préparé les deux discours ?

"Il n’y a pas d’amour, il n’y a que des preuves d’amour" disait Valérie Pécresse. La preuve d’amour est que le nombre des personnels CNRS est le même qu’il y a 20 ans. La preuve d’amour est que, au mieux, les crédits distribués aux laboratoires augmenteront d’epsilon de plus que le PIB en 2010, soit une infime partie de ceux qui ont été perdus depuis 2002. La preuve d’amour est que l’objectif de la ministre est toujours "de structurer le paysage de la recherche en instituts et alliances", tentant ainsi de récupérer d’une main ce qu’elle a du concéder de l’autre en juin dernier. Et quel tact pour dire son amour dans ce discours sirupeux : "En s’affirmant ainsi davantage comme agence de moyens, tout en continuant à exercer ses responsabilités de tutelle scientifique, le CNRS sera renforcé dans sa fonction de stratège".

Et quelle hypocrisie encore que de féliciter le CNRS, chiffres à l’appui, pour son rôle dans la valorisation tout en l’amputant, dans la foulée, dans ce même rôle par "la mise en place de la délégation globale de gestion et du mandat unique pour la gestion des brevets", par le fait que "le CNRS devra aussi apporter son concours aux sociétés [privées] de transfert de technologie que je souhaite créer dans les grands pôles universitaires", mais aussi "faciliter les transferts de technologies vers l’économie nationale. Les entreprises qu’il accompagne, en son sein ou en partenariat, doivent se voir proposer des droits privilégiés sur les brevets".

Ayant partiellement échoué dans un affrontement frontal, c’est pierre par pierre que la ministre entend désormais mettre le CNRS à ses bottes : du rôle des "alliances" aux brevets, ou de la Prime dite d’excellence scientifique, qui est une mise en cause du statut, à la volonté de marginaliser la représentation des chercheurs dans les Conseils scientifiques par un mode de scrutin inique (voir SNCS-hebdo numéro 20).

Dans ce discours cynique, il est quand même un éclair de sincérité, Madame la Ministre. C’est quand vous dites qu’il faut donner la priorité "à l’information et la communication". Là, on peut vous croire car, sur ce point, vous n’avez fait que trop amplement vos preuves.

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Discours de V. Pécresse aux 70 ans du CNRS, 19 octobre 2009

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