Un statut stable pour les chercheurs : garant de sérénité pour une recherche productive

jeudi 29 mars 2012
par  Laurent Lefèvre

Analyse du bureau Inserm du SNCS-FSU

Depuis 1984, les chercheurs des EPST ont un statut de fonctionnaire. Auparavant, ils étaient intégrés jeunes (entre 24 et 30 ans) comme stagiaires ou attachés de recherche (équivalent des chargés de recherche (CR) 2ème classe actuels) sur contrat puis recrutés comme CR après 4 à 8 ans. Une amélioration importante apportée par le statut de fonctionnaire est la couverture sociale pour la personne et sa famille, en particulier en cas de longue maladie.
Lorsque les chercheurs ont été fonctionnarisés, nombreux ont été les détracteurs de ce statut pour les chercheurs, estimant que ceux-ci pour être performants et créatifs devaient être dans des conditions de précarité qui génèrent un stress bénéfique pour la recherche. Ceci est totalement faux : tous les chercheurs savent que la seule chose qui fait avancer leurs projets, c’est leur passion pour la recherche elle-même. En effet, un résultat intéressant génère de nouvelles questions et ouvre différentes voies de recherche ; il pousse alors le chercheur à explorer ces voies et à avancer dans son travail. Au contraire, la précarité génère souvent un blocage et une paralysie dus à la peur de ne pas obtenir les résultats escomptés dans les temps impartis.

Du bénéfice du statut de fonctionnaire pour les chercheurs

Le statut de fonctionnaire a donné aux chercheurs une sérénité dans leur travail. Durant ces 25 dernières années, la productivité des organismes de recherche ne s’est pas ralentie : elle s’est même développée et le niveau des publications est, lui aussi, meilleur. Ceci n’a été du à une amélioration des crédits que très temporairement au début des années 80. Depuis 25 ans, la part des crédits récurrents des laboratoires n’a fait que décroître.
Le statut de fonctionnaire a plusieurs aspects positifs dans la recherche fondamentale et/ou appliquée. Tout au moins jusqu’à maintenant, il donne la liberté du choix des programmes de recherche, propice à l’investissement des chercheurs dans la réalisation de leurs projets. Il donne aussi la liberté d’expression des résultats. En effet, les publications découlant des travaux ne dépendent généralement que de la critique des pairs et non pas d’intérêts économiques partisans.

Un autre intérêt du statut de fonctionnaire des chercheurs est aussi d’avoir permis d’attirer des chercheurs étrangers, car ce statut ne s’assortit pas de l’obligation d’avoir la nationalité française. Aussi, nombreux ont toujours été les étrangers postulant à un poste au CNRS ou à l’Inserm. Ces chercheurs préféraient choisir la France avec ses « bas » salaires mais une sécurité d’emploi leur permettant de travailler avec une assez grande liberté dans le choix de leurs projets, plutôt que de rester dans leur pays avec un meilleur salaire mais sur des postes très tardivement permanents (en particulier dans les pays anglo-saxons, Angleterre ou Etats Unis). Si nous sommes toujours en train de faire l’éloge des systèmes de recherche des autres pays, il faudrait aussi voir ce que les étrangers trouvent bon dans le nôtre !!

Du danger actuel du développement des postes précaires (post-doctorants)

Depuis maintenant une dizaine d’années, le statut des chercheurs est menacé.

D’une part, les chercheurs sont recrutés de plus en plus tard (à l’Inserm entre 31-32 ans pour les CR2 (1/3 des postes de CR) et 36-37 ans pour les CR1 (2/3 des postes CR). Et on apprend par le rapport de l’AERES sur l’INSERM que les chercheurs seraient recrutés trop jeunes !! Dans l’esprit des « experts » il faudrait, sans doute, ne recruter que des Directeurs de Recherche (DR). D’autre part, on voit se développer les offres de post-doctorants pour des durées courtes, 1 à 3 ans sur contrat CDD, et des rémunérations qui ne sont pas toujours à la hauteur des compétences. Ces postes ne permettent pas d’effectuer une recherche dans de bonnes conditions. Les post-doctorants sont amenés à changer plusieurs fois de sujet, ce qui peut nuire à l’efficacité de la recherche sur une problématique, et souvent, pour eux, à leur professionnalisation comme chercheur. De fait, actuellement, les post-doctorants sont souvent utilisés comme des exécutants, corvéables à merci et avec peu de perspectives. Ils passent une partie de leur temps à la recherche de l’emploi suivant. Cette précarité empêche ces personnels de travailler sereinement en menant une vie décente à un âge où il est normal d’avoir une famille qu’il faut faire vivre. Essayez donc de louer - nous ne parlons évidemment pas d’acheter - un appartement avec un CDD !

De la menace présente sur les emplois scientifiques en France

Depuis un quart de siècle, le nombre des emplois scientifiques privés en France est dramatiquement bas. Dans le secteur public, l’emploi scientifique décline et le développement des emplois précaires apporte une nouvelle menace. Aussi ne faut-il pas s’étonner que nombre de très bons étudiants choisissent de moins en moins les filières scientifiques sachant limitée leur chance d’avoir un emploi stable (par ailleurs mal rémunéré).
Le niveau des rémunérations est sans doute un critère important dans une société où la réussite est mesurée à l’aune de la fiche de paye. Cependant, il faut bien reconnaître que, dans le monde de la recherche, la revendication d’augmentation de salaires n’a jamais été une priorité, alors qu’à niveau de compétence égal, les chercheurs sont les fonctionnaires les moins bien payés de France. Bien sûr, les grilles de la fonction publique sont les mêmes pour tous, mais il faut savoir que les primes de la plupart des chercheurs sont quasiment inexistantes (pour certains hauts fonctionnaires, les primes peuvent représenter plusieurs mois de salaire !!). Malgré tout, les chercheurs n’ont que très rarement demandé des augmentations car, ce qui est essentiel pour eux, c’est l’intérêt de leur travail. Peut-être est-ce cela qui les rend dérangeants auprès de nos dirigeants « Bling-Bling » !!

Actuellement, ces dirigeants sont en train de saboter le statut des chercheurs et croient qu’en offrant à quelques-uns vers 40-50 ans une situation stable et une rémunération meilleure que le salaire actuel, ils continueront à avoir de jeunes chercheurs, bons, passionnés et bien formés. Ils se trompent. Qui va attendre cet âge pour exercer un métier de façon sereine, enfin débarrassé du souci d’un avenir incertain ?? Dans les métiers de la recherche scientifique, l’accumulation des connaissances, l’expérience, la permanence du questionnement et de l’observation sont des qualités qu’il faut entretenir en permanence et qui s’inscrivent dans un vrai projet professionnel.
Seul un emploi stable et des conditions de vie décentes permettront aux jeunes de se diriger à nouveau vers les carrières scientifiques de la recherche nécessaires à l’avenir de notre pays.

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